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Les sondages : petit guide pour survivre à la période des élections

2 septembre 2026

Florence Vallée-Dubois

Florence Vallée-Dubois
Spécialiste, recherche et analyse de données

Charles Tessier

Charles Tessier
Expert, comportement citoyen et recherche

Trois questions que vous n’osez peut-être pas poser

« Intentions de vote : une lutte à trois se dessine », « Nouveau sondage à une semaine du jour du scrutin », « Les meneurs conservent leur avance », « Mise à jour Qc125 » : ces grands titres se multiplieront durant la période électorale. Les sondages, maintenant fréquents tout au long de l’année, deviennent chose quasi-quotidienne lorsqu’une campagne électorale est déclenchée. Comment bien les interpréter ? Comment éviter de confondre les résultats d’un seul sondage avec les prédictions d’un modèle de projection électorale ?

Les expert·es de notre équipe de recherche répondent à trois questions courantes en lien avec les sondages électoraux, pour vous aider à y voir plus clair.

Comment suivre l’évolution des intentions de vote en campagne électorale ?

En période électorale, la tentation est grande de comparer le dernier sondage publié avec celui paru quelques jours plus tôt, même lorsqu’ils proviennent de firmes différentes. Or, cette comparaison peut être trompeuse. Les maisons de sondage n’utilisent pas toujours les mêmes méthodologies de collecte, les mêmes quotas, ni les mêmes approches de pondération. Certaines différences peuvent aussi provenir de la formulation des questions, de l’ordre dans lequel elles sont posées ou encore de la manière dont les réponses des personnes indécises sont prises en compte dans l’analyse des résultats.

Une hausse ou une baisse apparente dans les intentions de vote peut donc refléter une véritable évolution de l’opinion publique, mais aussi découler en partie de différences méthodologiques entre les firmes. Pour suivre l’évolution des intentions de vote dans le temps, il est important de comparer les sondages produits par une même firme. Les agrégateurs de sondages peuvent aussi être utiles, puisqu’ils permettent de dégager une tendance générale à partir de plusieurs sources, plutôt que de s’appuyer sur un seul résultat isolé. Bref, ce n’est pas seulement le chiffre publié qui compte, mais aussi la façon dont il a été produit.

Pourquoi 1 000 répondant·es ? Qu’est-ce que la marge d’erreur ?

Les sondages électoraux auprès du public comptent souvent environ 1 000 répondant.es. Ce nombre n’a rien de magique. Si les firmes utilisent fréquemment des échantillons d’environ 1 000 personnes, c’est parce qu’il s’agit d’un bon équilibre entre précision et coût. Plus un sondage compte de répondants, plus la marge d’erreur diminue. Cependant, plus l’échantillon grandit, plus les gains deviennent modestes : il faut ajouter de plus en plus de répondant·es pour obtenir une amélioration de plus en plus faible de la précision. En pratique, au-delà d’environ 1 000 répondant·es, le coût associé au recrutement de nouvelles personnes est souvent plus important que le gain de précision obtenu. C’est pourquoi cette taille d’échantillon est devenue la norme dans l’industrie.

Par exemple, pour une population d’environ 9 millions de personnes, soit la population du Québec, un échantillon aléatoire de 1 000 personnes est associé à une marge d’erreur d’environ ±3 %, 19 fois sur 20. Cela signifie que si l’appui à un parti politique est mesuré à 25 %, le résultat réel se situera généralement entre 22 % et 28 %. Vous aurez noté que cet intervalle de six points est relativement large. Effectivement, le niveau réel d’appui à ce parti peut être plus faible ou plus élevé que le résultat observé. Il s’agit d’un élément important à garder en tête lorsqu’on interprète des courses serrées entre deux, trois ou même quatre partis.

Un échantillon plus petit peut néanmoins demeurer tout à fait crédible. Par exemple, un sondage réalisé auprès de 500 répondant.es est associé à une marge d’erreur d’environ ±4,4 %, soit seulement 1,4 point de pourcentage de plus. Bien que l’échantillon soit deux fois plus petit, la précision n’est donc pas deux fois moindre. Il faut seulement interpréter les données avec plus de prudence lorsque les résultats sont serrés.

Quelle est la différence entre un sondage et un modèle de projection électorale ?

Les sondages sont des mesures de l’opinion publique à un moment précis. Ils mesurent l’appui à chaque parti politique et leurs résultats sont souvent (selon la méthodologie utilisée) généralisables à l’ensemble de la population appelée aux urnes. Or, ils ne permettent pas nécessairement de prédire qui formera le gouvernement. C’est parce que la plupart des sondages ciblent l’ensemble des électeurs et électrices, tandis que les élections se jouent dans chacune des circonscriptions. Les intentions de vote globales constituent un bon indicateur de l’appui aux partis, mais elles peuvent être trompeuses lorsqu’on tente de les traduire en sièges. L’élection de 1998 en est un bon exemple : le Parti libéral du Québec a récolté la plus grande part des suffrages exprimés, mais c’est le Parti québécois qui a remporté une majorité de sièges à l’Assemblée nationale et formé le gouvernement. Cette situation illustre bien que le vote populaire et le nombre de sièges remportés ne sont pas toujours alignés dans un scrutin uninominal à un tour comme celui du Québec.

Les modèles de projection électorale, ou modèles prédictifs, permettent de combler le fossé entre intentions de vote et nombre de sièges. Ces outils font des prédictions pour chaque circonscription et font des prévisions du nombre de sièges qu’obtiendra chaque parti le jour de l’élection – et donc du parti gagnant des élections. Certains des plus connus sont Qc125 et Route 127 au Québec, 338Canada au Canada ou FiveThirtyEight aux États-Unis (maintenant fermé). Ces modèles se basent sur les résultats de plusieurs sondages, par exemple les sondages de Léger, de Pallas, de Mainstreet et autres, et d’autres variables importantes, comme le profil démographique d’une région, l’historique de vote et l’impact des candidats locaux, pour faire leurs prévisions. Le résultat obtenu est une prédiction, avec une marge d’erreur, du parti qui emportera une circonscription. En combinant les prévisions de chacun des sièges, on émet une prédiction sur l’identité du futur gouvernement.

Ces quelques repères devraient vous permettre d’aborder la foisonnante période des sondages électoraux avec un regard plus critique. Bonne campagne !

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