Actualités

Une rentrée parlementaire aux allures préélectorales

30 septembre 2025

Alors qu’elle devait à l’origine avoir lieu le 16 septembre, c’est aujourd’hui que se déroule la rentrée parlementaire à l’Assemblée nationale du Québec.  Contrairement à ce que les plus cyniques peuvent parfois penser, ce jour de retour au Salon rouge ne signifie pas que les vacances des députés se terminent à peine.  En effet, ce n’est pas parce que le parlement ne siège pas depuis juin que les élus ont passé les trois derniers mois à se prélasser.  En fait, la plus grande partie du travail des députés se déroule à l’extérieur de l’enceinte de l’hôtel du Parlement, soit en circonscription, où ils doivent multiplier les rencontres, participer à des événements, faire des annonces ou encore faire des représentations auprès des ministres et des ministères pour régler des dossiers de leurs commettants. La rentrée parlementaire, c’est le moment où les députés reprennent un de leurs rôles, soit celui de législateur. C’est le moment où la politique redevient plus présente dans nos vies, à la télévision comme dans nos discussions. On recommence à en parler, pour de vrai.

Dans ce contexte, la rentrée parlementaire est donc toujours un moment charnière pour un gouvernement qui souhaite se repositionner dans l’opinion publique. C’est d’autant plus vrai pour la rentrée parlementaire qui marque le début de l’année préélectorale, comme c’est le cas cette fois-ci, alors que les Québécois se rendront aux urnes dans 370 jours. Pour le gouvernement Legault, comme pour ceux qui l’ont précédé, effectuer une rentrée parlementaire à un an des élections amène son lot d’actions stratégiques. Une de celles-ci fut sans aucun doute le remaniement ministériel. Bien évidemment, ce dernier avait pour objectif d’envoyer un message de renouveau, de démontrer une volonté de faire les choses autrement. Tous conviendront que ce n’est pas un remaniement à lui seul qui peut changer la perception qu’ont les Québécois du gouvernement, et l’entourage de François Legault le sait très bien. D’autres éléments seront considérés par ses stratèges, et parmi ceux-ci, il y en a trois qui sont particulièrement importants en année préélectorale.

Générer de nouvelles idées

Un gouvernement qui arrive en fin de mandat est toujours susceptible de se faire taxer de « gouvernement usé », ce qui est encore plus vrai quand on arrive à la fin d’un deuxième mandat, comme c’est le cas pour l’actuel gouvernement.  Le premier ministre et son équipe ministérielle voudront assurément faire la démonstration qu’ils ont encore des idées, qu’ils ont encore des choses à proposer aux Québécois. Par leurs propositions et leurs prises de position, ils parleront à leurs clientèles électorales cibles. Le discours d’ouverture aidera le premier ministre à atteindre cet objectif, mais le leader du gouvernement risque de mettre de la pression sur les ministres pour qu’ils déposent des projets de loi. Bien évidemment, comme il reste peu de temps avant la fin des travaux de la 43e législature en juin prochain, plusieurs projets de loi ne seront probablement pas adoptés, mais ils auront à tout le moins eu le mérite de démontrer que le gouvernement agit ou veut agir. Également, ces projets de loi qui « mourront au feuilleton » pourront toujours faire l’objet d’engagements électoraux de la part du gouvernement sortant, qui pourrait indiquer son intention de les ramener au début de la prochaine législature.

Prioriser les dossiers difficiles à court terme

Les stratèges gouvernementaux vont également identifier et évacuer le plus rapidement possible les dossiers plus litigieux ou ceux qui font perdre des points politiques au gouvernement.  On ne souhaite pas déplaire à l’électorat que l’on convoite en année électorale! Cela veut donc dire que plusieurs dossiers difficiles seront priorisés cet automne afin qu’ils connaissent un dénouement avant les Fêtes. Robert Bourassa avait l’habitude de dire que six mois, c’est une éternité en politique, faisant ainsi référence au fait que l’opinion publique peut se transformer assez rapidement. Alors que la CAQ ne récolterait aucun siège si l’élection avait lieu aujourd’hui (selon la dernière projection de Qc125), il va sans dire que le souhait le plus partagé actuellement au cabinet du premier ministre est de provoquer un important mouvement dans l’opinion publique… Pour ce faire, il faut régler ou mettre de côté ce qui va moins bien et créer un environnement plus favorable qu’il ne l’est actuellement à la réceptivité, par les électeurs, des messages gouvernementaux. En se concentrant sur ce qui va moins bien à court terme, le gouvernement pourra ainsi espérer se donner une chance de remonter la pente dans les intentions de vote au cours des neuf mois qui précéderont le jour du scrutin. Le succès n’est toutefois pas garanti.

Terrain, terrain, terrain

Bien que le parlement demeurera occupé, les stratèges du gouvernement s’efforceront de maximiser la présence du premier ministre et des ministres sur le terrain.  Leurs agendas seront planifiés en conséquence; il faut identifier les événements incontournables. Le whip en chef du gouvernement recevra certainement plus souvent qu’au cours des trois dernières années des demandes de dispense de la chambre de la part des ministres, notamment pour la période des questions et réponses orales. Cela est tout à fait normal. À l’approche des élections, les élus veulent être vus sur le terrain, ils veulent démontrer qu’ils sont présents et à l’écoute. L’évaluation qui est faite par la population de la présence sur le terrain d’un élu est un déterminant important du vote. On souhaite être représenté par quelqu’un qui est présent, accessible. Rencontrer un ministre ou échanger une poignée de main avec le premier ministre peut changer la perception d’un électeur, voire son vote.  Un gouvernement qui n’occuperait pas suffisamment le terrain en année préélectorale se tirerait inévitablement dans le pied. Dans les prochains mois, il ne faudra donc pas s’étonner de croiser le premier ministre en train de déguster une poutine dans une cantine au même moment où la joute oratoire battra son plein au parlement!

Plusieurs diront que la politique est un art, mais chose certaine, ce n’est pas le fruit du hasard. Dans la mesure du possible, on cherche à tout planifier, à tout anticiper lorsque l’on est dans les coulisses du pouvoir. Bien évidemment, des imprévus se dressent quotidiennement devant nos élus, mais il faut retenir que tout ce qu’ils feront à partir d’aujourd’hui sera paramétré en fonction de leur grand rendez-vous avec les Québécois le 5 octobre 2026. Le sort de la prochaine élection générale ne se jouera pas uniquement au cours des quatre semaines de campagne électorale, car la campagne préélectorale compte, elle aussi. Et c’est aujourd’hui que ça débute!

Bonne rentrée parlementaire à toutes et à tous!

À la une